Réglementation

Vendre un bien en indivision ou en succession : les blocages courants

Unanimité des indivisaires, exception des deux tiers, et la réforme du 7 avril 2026 qui renforce les pouvoirs du juge : ce qu'il faut savoir avant de prendre un mandat en indivision.

1 octobre 2026 · 7 min de lecture

Une vente en indivision ou en succession n'est jamais un mandat comme les autres : il faut d'abord savoir qui a le droit de signer, pas seulement négocier le prix. Un agent qui prend le mandat avec un seul héritier, en pensant régulariser plus tard avec les autres, prend un risque qui se paie souvent au moment le moins pratique — en pleine négociation avec un acquéreur déjà engagé.

Pourquoi l'indivision bloque si souvent une vente

L'indivision désigne la situation où plusieurs personnes détiennent ensemble des droits sur un même bien, sans qu'aucune n'en possède une part matériellement délimitée. C'est le cas le plus fréquent après un décès, avant que la succession ne soit réglée : les héritiers deviennent indivisaires du patrimoine du défunt, bien immobilier compris, dans l'attente d'un partage. La difficulté vient du nombre de personnes à faire consentir, pas de la complexité du bien lui-même — un pavillon ordinaire en indivision entre quatre héritiers peut bloquer bien plus longtemps qu'un bien atypique détenu par un seul propriétaire.

Le principe : l'unanimité pour vendre

Vendre un bien indivis est un acte de disposition, ce qui suppose en principe l'accord de tous les indivisaires — un seul refus suffit à bloquer la vente, quelle que soit la part qu'il détient. C'est la règle qui explique la plupart des dossiers d'indivision qui s'enlisent : il suffit d'un héritier injoignable, en désaccord sur le principe de la vente, ou qui ne se manifeste simplement jamais, pour que le mandat ne puisse pas être valablement signé par tous.

L'exception des deux tiers

Depuis la loi du 12 mai 2009, l'article 815-5-1 du code civil permet de contourner un blocage minoritaire : des indivisaires détenant au moins deux tiers des droits indivis peuvent faire constater leur intention de vendre devant un notaire. Le notaire dispose d'un mois pour notifier cette intention aux autres indivisaires, qui ont ensuite trois mois pour se manifester. Sans réponse, ou en cas de refus persistant, le notaire saisit le président du tribunal judiciaire, qui peut autoriser la vente malgré l'opposition minoritaire. C'est une procédure réelle, mais qui ajoute plusieurs mois de délai — à présenter aux indivisaires majoritaires comme un recours, pas comme une formalité rapide.

Ce que change la loi du 7 avril 2026

La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, en vigueur depuis le 9 avril 2026, vise explicitement à simplifier la sortie de l'indivision et la gestion des successions vacantes — des dossiers que notaires et tribunaux voyaient s'accumuler faute d'outils suffisants. Sur le volet vente, son apport principal inscrit dans la loi une solution que seule la jurisprudence autorisait jusqu'ici (Cass. 1re civ., 4 décembre 2013, n° 12-20.158) : le président du tribunal judiciaire peut désormais, sur le fondement de l'article 815-6 du code civil, autoriser un seul indivisaire à signer l'acte de vente d'un bien indivis, dès lors que l'urgence et l'intérêt commun le justifient — une option plus large que la procédure des deux tiers, puisqu'elle ne suppose même pas qu'une majorité soit réunie.

  • Un seul indivisaire peut désormais demander au juge l'autorisation de vendre seul, en cas d'urgence et d'intérêt commun avérés — la loi reprend une solution que la Cour de cassation admettait déjà au cas par cas depuis 2013
  • Le partage judiciaire, auparavant réservé aux successions, est étendu aux couples mariés, pacsés ou en concubinage qui se séparent, même en l'absence d'indivision formelle
  • La gestion des successions vacantes (sans héritier connu ou acceptant) est accélérée, notamment par une publication dématérialisée des actes de curatelle

Ces dispositions restent très récentes : leur application concrète devant les tribunaux judiciaires reste à observer dans la durée, et l'appréciation de l'urgence et de l'intérêt commun relève du pouvoir d'appréciation du juge, au cas par cas.

Le rôle de l'agent : sécuriser le mandat, pas trancher le droit

L'agent n'a pas vocation à arbitrer un désaccord entre indivisaires ni à apprécier si une situation relève de l'urgence au sens de la loi — c'est le rôle du notaire en charge de la succession, et au besoin du tribunal judiciaire. Son rôle se situe avant : vérifier qui sont réellement les indivisaires (un héritier oublié ou un enfant mineur dans l'indivision change toute la procédure), et s'assurer que le mandat est signé par les personnes habilitées à le faire — tous les indivisaires en principe, ou les détenteurs des deux tiers des droits si la procédure dérogatoire est engagée avec le notaire.

  • Demander systématiquement au notaire en charge du dossier l'identité de tous les indivisaires avant de prendre le mandat, pas seulement celle de l'héritier le plus réactif
  • Ne pas démarrer la diffusion active du bien avant d'avoir un mandat valablement signé par les personnes habilitées — un acquéreur qui découvre en cours de négociation que la vente n'était pas autorisée abîme la réputation de l'agence autant que celle de la famille
  • Orienter tout désaccord de fond entre indivisaires vers le notaire ou un avocat, plutôt que de chercher à l'arbitrer soi-même
  • Documenter le processus (qui a signé, quand, sous quelle procédure) pour éviter toute contestation ultérieure sur la validité du mandat

Des délais à annoncer avec prudence

Un vendeur en indivision demande presque toujours combien de temps la vente va prendre. La réponse honnête est qu'elle dépend surtout du degré d'accord entre indivisaires, bien plus que du bien lui-même : une vente où tous les indivisaires sont d'accord et joignables peut suivre le calendrier habituel d'une transaction classique, tandis qu'une procédure par les deux tiers ou une saisine du tribunal ajoute mécaniquement plusieurs mois, parfois davantage en cas de contentieux réel. Le notaire chargé de la succession reste le bon interlocuteur pour donner un délai propre au dossier plutôt qu'une estimation générale.

Cet article présente le cadre général et ne constitue pas un conseil juridique sur un dossier précis. En cas de désaccord entre indivisaires ou de doute sur une procédure, le notaire en charge de la succession — ou un avocat spécialisé — reste le seul interlocuteur habilité à trancher.

Une fois le mandat sécurisé, la question qui suit reste la même que pour tout bien : quel acheteur du portefeuille correspond réellement à ce bien, souvent mis en vente dans un calendrier contraint par la succession. ImmoFlash compare chaque nouveau mandat à l'ensemble des prospects actifs de l'agence, avec un score de correspondance et un email de proposition prêt à envoyer.